Depuis quelques années, au début de l’hiver, un groupe composé d’environ dix familles commande une centaine de kilos de plants de pommes de terre biologiques.
Quand les précieux rhizomes arrivent, mi-février, chacun prend une part qu’il va faire germer chez soi. Il faut veiller à ce que le germe soit violet et trapu, cela nécessite une organisation, un stockage tempéré et une attention toute particulière. La terre est préparée avec du compost.
Fin avril - début mai, un week-end est bloqué pour labourer le champ et planter. Et c’est une nouvelle aventure qui commence…
Au-delà du bénéfice de manger de savoureuses pommes de terre à un coût toujours intéressant - voire ridicule les très bonnes années (comme 2009 !) - , il y a la rencontre et l’échange. Qui n’est pas toujours sans douleur… En effet, un tel projet nécessite que les participants s’investissent sérieusement car il y a une récolte et beaucoup d’efforts en jeu. Il faut buter, faire la chasse aux doryphores, aux mauvaises herbes, rebuter, rechasser, … et enfin ramasser.
Ce sont de belles journées, qui ne commencent pas trop tard pour permettre à chacun de prendre le temps, à midi, de se prélasser autour du repas canadien, allongé dans l’herbe à regarder courir les enfants ou à refaire le monde… avant de réattaquer dans l’après-midi.
C’est un travail assez physique et fatiguant où tout le monde ne dispose pas du même corps (musclé, performant, endurant…). Il faut donc faire preuve de tolérance (pas toujours facile), d’ouverture (oui, avec des limites…) et savoir adapter son rythme à celui du groupe (qui prend du temps à se fixer). Mais où l’on apprend vraiment à grandir au milieu des autres, c’est dans la « logistique de la patate ».
Plante-t-on les raies dans ce sens ou dans celui là ? Faut-il faire du travail à la chaîne ? Ou chacun travaille sa raie ? Doit-on vraiment bloquer plusieurs week-ends en cas d’intempérie ? Le ramassage est bloqué entre fin août et début septembre (il ne faut pas ramasser sous la pluie) mais il y en a toujours qui sont en vacances… ou ont un repas familial… ou sont à une grande manifestation pour la sauvegarde du doryphore… ou à…. Est-ce qu’on termine les raies à la main ou au tracteur ? (aïe aïe aïe, bonjour les contradictions). Autant de personnes présentes, autant d’avis donnés, autant de solutions à prendre…
Ca a pris du temps. Certains sont partis. D’autres sont arrivés. D’autres encore sont revenus. Mais le groupe existe toujours et semble avoir conscientisé un principe : « Rien n’est jamais acquis. Tout est toujours à refaire. Il suffit juste de le savoir. »
C’est une très belle expérience, à la portée de tous ceux qui veulent trouver une alternative à la consommation de masse.
Il est souvent beaucoup plus facile qu’on le pense de trouver un bout de champ (500m2 pour cette expérience). Dans certains cas, ça arrange les propriétaires : cela évite que le champ tourne en friche. Mais il faut désigner une personne pour coordonner (il est intéressant de tourner d’une année sur l’autre) sinon l’impulsion ne revient pas toute seule.
N’attendez pas, lancez-vous et n’hésitez pas à prendre contact avec ce groupe (maud@etfaitsplanete.org) pour plus d’infos sur la mise en place d’un tel projet.
Maud LEBIS